15.12.2008

Jean-Pierre Bacri quand Agnès Jaoui

Allez, petit quiz ! Si je vous dis : Il est l'incurable bougon râleur du cinéma français, l'impuissant esbroufeur à 2 balles des arrière-salles de province qu'il incarne du haut de sa quasi chauvitude moinesque de beauf looser dans toute sa puissance et que c'est bien pour tout ça qu'on se bidonne en le regardant patauger le Jean-Pierre. Alors ? Ah bon ? Mais non je l'ai pas dit ! Né en 1951 en Algérie, il débarque en famille à Cannes en 1962 et ce n'est pas pour le festival. A 25 ans, malgré son air à louper 2 marches il réussit à monter à Paris et ne pourra plus en redescendre. Jean-Pierre suit le fameux cours Simon et écrit sa 1ère pièce à 25 ans, reçoit le prix de la vocation en 1979 pour le Doux visage de l'amour et, la même année, décroche son 1er rôle au cinéma dans Toubib. Mais c'est en 1981 dans le Grand pardon avec Rogeeeeeer Haniiiiiin (je le fais bien l'accent Pied-Noir hein ?) qu'il se fait connaître du grand public en incarnant le rôle du proxénète Jacky Azoulay, un rôle qui lui va comme un gang (pouf pouf). Tête d'affiche dans Mort un dimanche de pluie en 1986, il est rapidement à nouveau happé par le démon de l'écriture et celui de 10h45. Son style débridé, somme toute assez logique pour un arabe, va séduire et lui offrir le plus beau des cadeaux, sa compagne Agnès Jaoui, et les plus belles récompenses du Cinéma et du Théâtre français.

Agnès, originaire d'une famille juive de Tunisie, naît en 1964 en région parisienne comme tout bon émigré. Cette beauté lactescente dégage une imposante sérénité qui peut être assimilée à de la froideur. Elle est à la fois apaisante et systématique, son ton monocorde vous prend là et vous stimule là, c'est hyper sexy, on a envie de la brusquer, de la retourner sur le capot, et pour faire sortir quelques aigus, de lui remonter la jupe et de .... oula oulala excusez-moi, je m'emporte, permettez, il faut que je m'éponge le front...merci. En tout cas, je peux vous dire que quand vous êtes la proie de son regard de flanc vanillé, vous ne faites pas le malin. Elle prend des cours de comédie à Nanterre et donne la réplique à Patrice Chéreau, puis suit le conservatoire d'art lyrique (d'où les aigus...). En 1987 elle croise la plume baveuse de Jean-Pierre Bacri qui va changer toute sa vie et qui va la remplir, car il est très fécond. Les scenarii ne vont pas tarder à se succéder et cette étroite complicité va s'avérer bientôt fort fructueuse et une vraie découverte pour la copulation.

Ces deux-là vont inventer une nouvelle façon d'écrire l'amour sous toute sa comédie. Subtils espoirs et sublimes tourments se succèdent, des histoires où les acteurs sont des êtres un peu paumés, esseulés et souvent désenchantés. Agnès et Jean-Pierre n'ont pas leur pareil pour souligner d'un trait fin le saugrenu de certains comportements et attitudes, ce qui rend leurs oeuvres drôles et attachantes, mais jamais relou. Le style Bacri-Jaoui c'est être présent partout et visible nulle part (c'est du Flaubert). 1er Molière en 1993 pour la pièce Cuisine et dépendances où le duo se défoule "je veux bien meubler mais je sais pas quoi dire", pièce qui sera portée au cinéma avec Zabou la pulpeuse dans le rôle de Martine et Jean-Pierre Daroussin le poulpeux dans le rôle de Fred. César en 1994 pour le scénario de Smoking No Smoking d'Alain Resnais, Molière en 1995 et César en 1996 pour Un air de famille "C'est pour les enfants que c'est terrible. Heureusement, ils n'en ont pas" (Catherine Frot), 2 Césars en 1998 pour On connait la chanson d'Alain Resnais avec les répliques chantées. Mais c'est probablement Le goût des autres Césarisé en 2001 qui s'approche le plus du chef d'oeuvre. C'est la province, presque comme toujours, des êtres d'univers différents et le jeu de la séduction et du mépris, comme toujours "On dirait que tu penses quand tu t'emmerdes". Si c'est pas du Bacri pur porc ça ! La même année Agnès reçoit les Etoiles d'or de la presse et le Prix René Clair avec Jean-Pierre.

Lors de la 29ème cérémonie des Césars en 2004, elle interpelle le Ministre de la culture sur le sort précaire réservé aux intermittents du spectacle qui ne sont pas tous des branleurs, il y en a aussi qui tirent au cul. Quelques mois plus tard elle est primée à Cannes et aux European Film awards pour Comme une image. Pendant toutes ces années Jean-Pierre n'est pas en retard pour les coups de gueules, que ce soit aux Césars ou à Cannes. Il joue également dans plusieurs comédies savoureuses dont Le Bal des casse-pieds (1991), La cité de la peur (1994) "Un whisky ? Juste un doigt ! Vous voulez pas un whisky d'abord ?" et Didier (1996) où Alain Chabat se prend pour une espèce d'homme-chien qui marque des buts sous les couleurs du PSG, naturellement c'est une fiction, le PSG ne marque plus de buts depuis longtemps.

Toujours est-il que ça n'est pas tout. La donzelle a de l'organe et travaille aussi de la glotte, et plutôt bien puisqu'elle se goinfre une Victoire de la musique en 2006 pour son premier album Canta. Suit rapidement un premier tour de chant pour un répertoire de chansons latino-américaines "des chansons d'amour et, pour la plupart, d'amours malheureux. Je sais c'est triste, mais dansant". Agnès dit volontiers qu'elle a tous les défauts : "je bois, je fume et je me couche tard". Quant à l'indécrottable Jean-Pierre, affublé de son teint d'hypocondriaque permanent, animé de son défaitisme légendaire qui lui colle à la langue "Ccccc'est foutu, ça marchera pas, autant laisser tomber, non ccccc'est pas la peine", il nous ferait presque croire que leur dernier enfantement, Parlez-moi de la pluie, sera le dernier. Au fait, en parlant de petit(s) dernier(s), Agnès vient d'annoncer l'adoption de deux petits garçons brésiliens de 5 et 7 ans, car elle "en avait envie depuis longtemps". Encore un truc pour faire perdre à Jean-Pierre ses derniers cheveux...

 

 

 

 

 

 

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